Sylvie Plath, Dessins

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Sylvia Plath, je l’ai d’abord découverte lorsque j’étais juré pour le Prix Elle au cours de ma lecture du livre de Claude Pujade Renaude Les femmes du braconnier. J’avais alors été touchée par cette tragique histoire d’amour et surtout par cette destinée même si romancée. Ma découverte s’est ensuite prolongée par les échanges avec mon amie Valérie qui m’a parlé de la poétesse avant l’amoureuse et offert le roman Froidure de Kate Moses. Sylvia Plath a alors rejoint le panthéon de ces auteures américaines qui m’enrichissent, m’apaisent, me transportent par leur grâce, leur écriture, leur « sensible vérité » entre autres. Sylvia Plath a ainsi rejoint trois auteures découvertes au fil de mes déambulations littéraires avec Valérie – Joyce Carol Oates, Joyce Maynard et Laura Kasischke ou encore Carson Mccullers, Siri Hustvedt, Donna Tartt.

Voilà quinze jours, mes parents de passage à la maison me déposent les anciens numéros de Télérama afin que je les feuillette et découpe certains articles pour mes revues de presse personnelles. Imaginez donc ce sentiment de joie teinté voire peinturluré d’impatience lorsque je tombai sur l’article consacré à Sylvia Plath, double hommage réunissant le roman Froidure et une nouvelle publication Dessins réunissant des croquis de la poétesse, croquis rassemblés et préfacés par Frieda Hughes, fille de Sylvia Plath. Croquis réalisés entre 1955 et 1957, période où elle rencontra, épousa le poète Ted Hughes et partit en lune de miel à Paris et en Espagne avant de retourner un temps aux Etats-Unis.

Ainsi on entre dans cette nouvelle intimité par le volet anglais et une lettre adressée à Ted Hughes, un dimanche matin, un 7 octobre 1956. Puis on les accompagne en France où aux toits de Paris précède une nouvelle lettre de Sylvia Plath à sa mère « A la plus chérie des mères » le 25 août 1956. A la France succède l’Espagne et une nouvelle lettre à sa « Très chère maman », le 23 octobre 1956. Ce bel ouvrage à la couverture lie de vin s’achève avec les dessins des Etats-Unis et un extrait de Journal daté du mercredi 21 août 1957.

Plume et encre, un trait noir donc. Des dessins que je n’ai pas pu m’empêcher de lire avec un regard chargé de l’oeuvre et vie de Sylvia Plath. Des dessins où « [d]errière des lignes faussement assurées, noires, larges, chargées d’encre comme d’un sang épais, les dessins de Sylvia Plath dégagent la même sauvagerie et la même inquiétude que ses poèmes. » (extrait article Télérama signé M.L) Une oeuvre, des poèmes que je ne parviens pas à apprendre car les mots et sons m’étreignent au point que mon esprit, toujours, s’égare. Poèmes qui me font regretter de ne pas maîtriser l’anglais. Cet ouvrage offre une nouvelle entrée dans l’univers de cette poétesse.

« J’ai reçu de ces vaches un sentiment de paix, le don étrange de leurs regards pensifs, la merveille colossale de leurs jets de pisse et de merde. Je vais y retourner bientôt, remplir tout un cahier de dessins de vaches. » (p.12)

« […] je me sens, avec mes passions singulières et mes fureurs, devenir une gargouille que chacun va montrer du doigt. Une chose est certaine, je préfère ma solitude; j’évite les gens comme le poison; je ne veux tout simplement pas d’eux; je prends place à table et réponds aux innombrables questions des petites nouvelles; je me surprends à être drôle, à les faire rire en décrivant des gens&des événements, et je me demande comment je sais produire un tel effet aussi machinalement, presque sans émotion, me comporter comme quelqu’un de sain se comporte en général, sans être démasquée.« (p.13)

« Le dessin m’apporte un tel apaisement, plus que la prière, plus que la marche, plus que tout, écrit-elle à son mari Ted Hughes en 1956. Je peux m’absorber entière dans le trait que je trace, et je m’y perdre. »

Dessins, Sylvia Plath, éditions La Table ronde.

Voilà je suis prête à me plonger prochainement dans Froidure de Kate Moses qui m’attend depuis mon dernier séjour à Lille et – comme toute rencontre que je sais primordiale, importante – je l’appréhende un peu et souhaite lui accorder une place particulière.

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Rock attitude

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[à lire avec en fond sonore Parallel Lines de Blondie ou The Kick Inside de Kate Bush, préférence pour le second…]

Dans les rapides de Maylis de Kerangal, ou l’écriture d’une initiation, d’un passage et d’une voix, celle de l’adolescence qui s’interroge, contemplative et bouillonnante. Intemporelle. L’écriture suit les découvertes musicales à la fin des années 70 au Havre. Trois amies, Nina, Lise et Marie, la narratrice. Quinze ans, trio soudé autour de la pratique de l’aviron. Trio aux ailes qui se déploient avec la découverte de Blondie d’abord puis de Kate Bush ensuite or « [Q]uelque chose ne colle pas. Le disque [The Kick Inside] est indansable. Je n’ai pas bougé le moindre orteil et Nina, elle, a carrément fermé les paupières. Voilà l’os. Un morceau, une chanson, pour que nous l’aimions, doit donner envie de danser, c’est la première chose que nous exigeons de lui, la condition sine qua non de notre ralliement – nous aurions pu inscrire cette exigence, et en ces termes impérieux, dans les statuts de notre alliance. Que l’on y mise tout son corps, que l’on s’y mette en mouvement, que l’on s’y jette, que nos jambes, nos bras nos pieds, notre front, notre colonne vertébrale, notre sexe, notre plexus solaire soient placés au centre de cette affaire physique qu’est écouter de la musique(…) » (p.72-73)

Depuis septembre j’ai lu plusieurs livres* où la narratrice est une adolescente et j’en sors toujours bouleversée par la profonde vérité et justesse de l’écriture, les échos avec un passé qui certes s’éloigne mais continue de laisser des traces, de celles qui expliquent la personne que l’on est. Et puis cette adolescence aujourd’hui, cet âge où les possibles et les si fortes désillusions se côtoient en permanence est en plein essor ici et nous en « périphérie », périphérie bienveillante des parents mais « refoulés du centre et cantonnés à la périphérie de [leurs] journées, le petit déjeuner du matin, le repas du soir. Et les dimanches, donc, souvent. »

Maylis de Kerangal c’est dès les premières pages ce rythme, ce flot qui vous happe et ce livre ne fait pas exception.

« Au moment où commence cette histoire – car il y a toujours un commencement, un et un seul, même si ramifié dans l’écheveau poreux des multiples, même si infiniment petit dans la broussaille du temps, il y a toujours l’instant cutter qui se détache et déchire le réel schlal!, le mouvement qui vient affecter la vie comme elle allait, le battement de paupières sitôt filé dans la traîne des jours après quoi rien n’est tout à fait pareil : il y a toujours un top départ – au commencement donc, il y a trois filles qui piétinent sous la pluie tiède de septembre, à l’arrêt du bus numéro 1, en haut du boulevard Albert-Ier, au Havre. Il est dix-sept heures et le jour tombe. Elles ont rabattu leur veste en capuche sur leur tête si bien qu’elles sont trempées des pieds à la taille, ruissellent. La plus petite des trois – menue, des yeux qui lui mangent la figure, des yeux fardés de khôl au tracé égyptien, un pantalon de velours côtelé framboise, des Clarks à lacets rouges, trois foulards indiens tressés en guirlande sur une chemise à col grand-père, pas de pull, une tenue idiote pour s’aventurer dehors par ce temps – se tourne vers les autres : on devrait essayer le stop. La plus grande – bien équipée celle-là, houppelande de toile kaki en manteau de pluie sur gilet Jacquard orange et moutarde, jupe droite en jean, chaussettes montantes vert pomme et genoux rouges d’avoir eu froid, d’avoir râpé la moquette, d’avoir cogné dans les portes et les pieds de chaises, elle aussi maquillée mais la bouche surtout, une bouche rouge baiser fatal qui étonne, ce jour, à cette heure, en ce lieu – […] Elles sont de retour, les voici, brunies par le soleil et primées d’une envie de passer à la vitesse supérieure, d’entreprendre un projet commun, ce serait bien qu’on fasse quelque chose toutes les trois, voilà le leitmotiv qui ponctue la montagne des heures qu’elles passent ensemble, dimanche compris, puisque ce dimanche-là, donc, dans la R16 pistache sur la banquette arrière, il y a Nina Canavaro – faone fébrile, les trois foulards indiens insensés tressés en écharpe, oreilles percées -, il y a Lise Berger – la grande, chausettes montantes vert pomme et genoux rouges – et à l’avant, le chandail arc-en-ciel tricoté point mousse, primo-articulatrice du vocable étincelant, Blondie, il y a moi.« (p.5-16)

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dans les rapides, Maylis de Kerangal, éditions naïve, 2006

* Dans les livres en questions, deux à lire absolument : The Girls d’Emma Cline, Les règles d’usage de Joyce Maynard.

Info... Après avoir écrit ici et seulement après je parcours les textes parus sur l’objet de mon écriture et j’ai ainsi découvert que ce roman a été adapté par Jean-Thomas Bouillaguet production Cie Mavra et coproduction Théâtre ici et là et va être joué au printemps 2017 à la Manufacture CDN Nancy-Lorraine.

Lire la presse? Sérieusement je n’ai pas le temps!

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Je n’ai pas le temps ou je ne le prends pas vraiment pour pouvoir m’abonner à un quotidien et là je parle aussi bien en format papier que numérique. Alors j’écoute la radio mais côté informations cela reste superficiel à moins d’aller vers des émissions qui développent un point particulier. Or j’aime apprendre, comprendre et j’aime le papier, toucher, feuilleter, souligner et découper.

Voilà un peu plus d’un an, j’ai découvert grâce à une amie, l’hebdomadaire le un. Après en avoir acheté quelques exemplaires j’ai fini par demander à mes parents l’abonnement pour mon anniversaire. Depuis, chaque semaine, j’ai l’impression d’être plus intelligente, je brille davantage en soirée et peux déclamer un poème quelque soit le sujet d’actualité abordé de la pauvreté, aux élections américaines en passant par le phénomène Facebook.

Je plaisante, enfin un peu.

Parce que Le un c’est quand même un peu tout ça. On gagne en clairvoyance sur des sujets variés par une approche aussi bien historique, sociologique, littéraire, culturelle, fictionnelle que graphique. Dès lors on varie les plaisirs mais surtout les sources et donc (attention je vais la placer) on devient un citoyen un tantinet plus éclairé et ainsi on brille en société (ahah je ris seule en tapotant les touches de mon clavier et imagine nombres de visages atterrés devant la grossièreté de ma prose et de mon – allez j’ose – humour). Enfin, le coup de déclamer un poème, c’est possible! Personnellement je suis toujours admirative devant les personnes qui peuvent vous sortir des vers appropriés en toute circonstances, même si j’admets que parfois ça me gonfle un peu quand même ce petit côté érudit… Toutes les semaines vous trouverez, entre autres, « la voix du poète ».

Vous avez eu le temps de lire cet article et cela vous a mis l’eau à la bouche, pour en savoir plus c’est ici.

Songe à la douceur de Clémentine Beauvais. Une petite pépite!

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Ma prof doc préférée m’en a parlé, me l’a prêté et pourtant j’ai mis un peu de temps avant de m’y plonger et ce weekend je me suis immergée dans la douceur et l’originalité de cette histoire d’amour. Une écriture qui prend du plaisir à écrire les mois et émois de ses protagonistes. Les mots sont mis en scène et nous entraînent dans une ritournelle entre hier et aujourd’hui. Une histoire d’amour en vers libres!

Tatiana a quatorze ans lorsqu’elle tombe éperdument amoureuse d’Eugène, dix-sept ans, le meilleur ami de Lensky lui-même le petit ami d’Olga la grande soeur de Tatiana. Ah dit comme ça on se croirait dans un remake des Feux de l’amour version 2016 pour adolescents. Que nenni! Une mort tragique et ils se quittent. Dix ans plus tard c’est la rame d’un métro qui servira de décors à leurs retrouvailles. Tatiana est thésarde en Arts spécialisée dans la peinture de Caillebotte, Eugène est consultant. Alors on est projeté entre passé et présent. L’amour, le désir, les scénarii probables et improbables se tissent et les émotions, toujours, sont au centre des pages, font danser les mots, bouger les phrases et paragraphes nous entraînant irrémédiablement, prenant part de manière physique à la petite musique qui nous est contée. Une musique où l’on délecte de l’amour de ces deux-là.

Une pépite, un ovni aussi! Difficile alors, rendue à l’instant où je laisse la place au livre,de sélectionner, tant d’extraits mériteraient de représenter mon instant de lecture. Ceux qui m’ont émue, ceux qui m’ont séduite par leur finesse, leur vérité, leur imaginaire charnel aussi!

« Eugène, ça fait longtemps! » s’exclama Tatiana, plutôt bonne actrice. Il vint s’asseoir à côté d’elle, un siège s’était justement libéré. Sur la vitre noire qui réfléchissait son visage, un front endormi avait imprimé un petit disque de graisse comme un tampon discret dans un carnet de voyage. » (page 8)

« Tatiana eut la vision de ces deux passions désamorcées, elle se vit et vit Eugène ensemble, tous deux gisant dans un salon américain, sur un sofa géant, en face d’une télé immense, à se caresser tristement, leurs rêves roulés en boule au fond d’une poche, se taisant, abattus, pour ne pas faire à l’autre le reproche d’une existence pas pleinement vécue… » (page 229)

Songe à la douceur, Clémentine Beauvais, éditions Sarbacane.

à la page 74 de comme neige.

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Lecture vue sur IG, j’étais curieuse d’en savoir davantage et j’ai été happée par cette enquête autour du livre, sur l’objet livre et ses auteurs où fiction et une certaine réalité se mêlent le tout dans une écriture qui se lie et se délie avec une certaine grâce. Un roman qui joue avec son lecteur.

Hier, en parcourant des blogs consacrés à la culture, j’ai retenu l’idée d’un article intitulé « les premières pages » – à ce propos je ne sais plus à qui revient la paternité ou maternité de cet article alors si la personne se reconnaît il ne faudra pas hésiter à se manifester… Pour revenir à cette approche « premières pages », j’en aime la perspective, proposer uniquement les premières lignes, les premières pages et laisser alors le choix aux uns et aux autres d’aller plus loin uniquement par la force, l’affinité avec les mots, l’intrigue qui se dessine ou l’esquisse d’un personnage qui ne laisse pas indifférent.

Aujourd’hui j’ai choisi d’intituler mon article « à la page 74 » et deux raisons motivent cette décision. La première et non des moindres, face à la « mystification » (et j’emprunte ce terme à l’IG qui m’a permis la découverte du livre) je trouvais trop évident de rentrer dans le livre par les premières pages. La seconde, à savoir précisément le pourquoi de la page 74, tout simplement parce que c’est ce qui s’est imprimé sur ma pupille quelques micro-secondes avant que je ne m’assoupisse éreintée par une séance d’ostéopathie et si signe il doit y avoir à l’instar du livre que j’avais dans les mains alors je dirai qu’il y a là deux chiffres de mon année de naissance. Ainsi est née la rubrique « à la page 74 ». Je vais ouvrir le livre afin d’en recopier les lignes et découvrir alors ce dont il est question, quel insoutenable suspense !

« […] commercial, qui s’en foutait comme de l’an quarante du dictionnaire, mais avait senti une brèche. Les bambins curieux collaient leur mère, moi je fulminais contre Suzanne qui non seulement avait ouvert mais en plus avait laissé le type entrer chez nous, s’asseoir à notre table devant les restes de notre dîner, et nous vanter les privilèges de posséder (donc d’acheter dès ce soir) les dix volumes du Grand Robert. je m’étais bien fait avoir : à la question « Monsieur, dans quelle branche travaillez-vous? », j’avais répondu l’imprimerie, et le sale type m’avait flatté, expliqué que pour quelqu’un qui travaillait dans l’imprimerie, pour les types curieux et passionnés comme moi – il le flairait -, oui, pour un homme tel que moi, il y avait un sens à parapher le contrat de vente du Grand Robert en dix volumes, oui, là en bas à droite, et une petite signature sur la dernière page, en vous remerciant. Je m’en étais tiré en mettant ça sur le compte des enfants, en expliquant à Suzanne que, tout bien réfléchi, elle avait raison, ce serait bien pour eux et que c’était sans doute ça, une famille parfaite : un père, une mère, deux enfants et le Grand Robert en dix volumes. J’avais pontifié en ajoutant qu’ils pourraient le consulter au moment de leurs premières dissertations, que, face à tout problème, ils s’en remettraient à la source de toute chose, le dictionnaire! Puis, il y eut Internet, Robert était toujours dans le salon, mais les enfants, malgré mes protestations, préféraient taper les mots dont ils cherchaient la signification dans une case blanche – et moi, aujourd’hui, j’en faisais autant.

« Hapax : désigne généralement un mot qui n’a qu’une seule occurrence dans la littérature. » Puis, plus loin : « Par extension, peut s’appliquer à une tournure, une expression originale, voire, au sens figuré, à une chose ou une situation. » » (page 74 éditions Buchet Chastel)

Vous savez quoi. Avant de m’assoupir sur cette page j’avais tapé sur mon téléphone qui était à portée de main le fameux mot « Hapax » mon Petit Robert (sisi j’en ai un pas les dix volumes) étant trop loin!

Comme neige, Colombe Boncenne, janvier 2016, éditions Buchet Chastel.

Laëtitia ou la fin des hommes

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Entre enquête sociologique, historique et littérature, si le premier versant, celui des sciences sociales m’a semblé remplir son contrat, le second m’a laissé plus perplexe.

Je devais lire Laëtitia ou la fin des hommes de Ivan Jablonka. J’ai tout d’abord fait sa connaissance par quelques bribes entendues à la radio, bribes où il était question de redonner une humanité à une victime, victime de la violence d’un système et plus particulièrement des hommes. Puis j’ai appris lors d’une seconde interview à laquelle j’étais alors plus attentive que ce projet littéraire portait sur Laëtitia Perrais, cette adolescente massacrée à quelques encablures d’ici. Victime d’un crime odieux dont le cercle des protagonistes évolue, en partie, dans un décors familier, Nantes et ses environs. Se pose alors la question des véritables raisons de mon envie de lecture. Curiosité certes mais quelle curiosité?

En ce sens, le travail d’Ivan Jablonka est rassurant, même si le terme n’est pas des plus appropriés j’en conviens. Rassurant car il aborde avec une certaine distance respectueuse la vie des uns et des autres. Là, le projet en lien avec les sciences sociales et son regard distancié et documenté rempli son rôle. Au fil des pages la tragédie de Laëtitia Perrais et ses proches se construit, inexorablement. Un contexte social, politique et juridique est mis en place et les rouages de cette si courte existence sont enclenchés. En tant que lectrice je me suis alors sentie protégée cette approche devait me protéger d’un surcroît d’affect, affect suffisamment ébranlé par la teneur des faits. Dès lors ce terrible fait-divers a pris racine dans un contexte, une société, un monde et ma curiosité initiale a pris une tournure qui me semblait plus « politiquement correcte » à savoir une curiosité de citoyenne, d’humaine, de maman et non pas cette curiosité morbide même si elle était un peu là je pense ne serait-ce que par cet affreux réflexe de « googelisé » les protagonistes! J’ai, à ce titre, apprécié le chapitre 54 « Fait divers, fait démocratique » qui questionne la place du fait-divers et son impact sur tout un chacun.

« Je voudrais montrer qu’un fait divers peut être analysé comme un objet d’histoire. Un fait divers n’est jamais un simple « fait », et il n’a rien de « divers ». Au contraire, l’affaire Laëtitia dissimule une profondeur humaine et un certain état de la société : des familles disloquées, des souffrances d’enfant muettes, des jeunes entrés tôt dans la vie active, mais aussi le pays au début du XXIè siècle, la France de la pauvreté, des zones périurbaines, des inégalités sociales. On découvre les rouages de l’enquête, les transformations de l’institution judiciaire, le rôle des médias, le fonctionnement de l’exécutif, sa logique accusatoire comme sa rhétorique compassionnelle. Dans une société en mouvement, le fait divers est un épicentre. » (Avant-propos pages 8-9)

Oui j’ai retrouvé au court de ma lecture cet engagement et cette volonté de « la [rendre] à elle-même, à sa dignité et à sa liberté »(page8) Toutefois ma lecture et mon travail personnel d’analyse de la situation, à savoir compréhension et appréhension des rouages politico-socio-juridiques ont été gênés par l’écriture et principalement par un phénomène de répétitions de faits ou de points de vue d’auteur qui non seulement soulignaient à ma place, à la place du lecteur et parfois maladroitement mais aussi allaient à l’encontre du projet ou tout au moins des attentes que j’avais, à savoir un témoignage documenté sans affect. J’imagine bien sûr combien il doit être difficile de remplir ce « contrat » et je m’interroge encore sur la possibilité de mener ainsi un tel projet. Enfin et là je serai moins sévère car ce n’était pas totalement dans mes attentes même si le prix Médicis pouvait me laisser l’espérer un petit peu tout de même, je ne peux que regretter que la langue oscille entre une approche factuelle et une certaine volonté de littérature, de richesse littéraire qui rend finalement l’ensemble maladroit et par moment désagréable.

Je ne souhaite pas terminer sur ces dernières remarques, ce ne serait pas rendre justice au travail d’Ivan Jablonka aussi c’est avec ces quelques extraits que vous laisse achever la lecture de cet article.

« Le jour où nous avons pris ces risques, une lueur imperceptible nous a sauvés : l’amour que nous portent nos parents, la terreur de leur chagrin si nous mourions. Alors nous nous sommes arrêtés au bord du précipice, nous sommes revenus en arrière et nous avons retrouvé le chemin de la maison, sans toutefois regretter ces quelques pas dans l’inconnu. » (page 318)

« Mon pari est que, pour comprendre un fait divers en tant qu’objet d’histoire, il faut se tourner vers la société, la famille, l’enfant, la condition des femmes, la culture de masse, les formes de la violence, les médias, la justice, le politique, l’espace de la cité – faute de quoi, précisément, le fait divers reste un mythe, un arrêt du destin, un diamant de signification clos sur lui-même, impénétrable, à admirer au creux de la main, avec ses miroitements entre pitié et inquiétude, énigme et stupéfaction, hasards et coïncidences, une sorte de prodige de mort qui fait tressaillir et qu’on oublie instantanément, avant qu’un autre le remplace. » (page 347)

Laëtitia ou la fin des hommes, Ivan Jablonka, Seuil, août 2016.

Un poète est mort.

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Il a bercé mon enfance et adolescence. A accompagné mon passage à l’âge adulte et continue d’accompagner ces moments où je cherche à créer modestement des choses. Je me surprends souvent à fredonner ses mélodies et quelques bribes de paroles – c’est dans ces moments-là que je regrette de ne pas être plus à l’aise avec l’anglais pour percevoir encore davantage la force.

Ce matin alors que je checkais mes mails et mon instagram j’ai appris sa mort. Et décidément j’ai beaucoup de mal à accepter que je suis rendue à un âge où nombre de personnes inspirantes disparaissent, « la nature des choses », cette nature que je ne veux pas entendre et qui se rappelle de plus en plus souvent à moi… Allez, cet espace n’est pas le lieu de l’auto apitoiement alors haut les cœurs et petit voyage en neuf titres et trois temps forts de mon humble existence en compagnie du grand Monsieur Cohen. Monsieur Cohen c’est ça aussi une intemporalité!

Léonard Cohen, c’est quasiment toujours les poils des bras qui se hérissent lorsque je l’écoute et ce malgré une épilation de ces fameux poils, il y a alors le syndrome du « poil manquant »… C’est un tantinet triviales comme image et informations je vous l’accorde mais rien de tel qu’un peu de recul et de pseudo blague pour écrire cet article.

La période la plus intense dans mon écoute de Léonard Cohen coïncide avec mes années lycée et surtout mon année d’hypokhâgne. Période intense et encore fortement présente dans les sensations et souvenirs qui lui sont liés lorsque j’entends aujourd’hui les titres qui m’accompagnaient.  J’écoutais alors principalement Chelsea Hotel (1974), The Future et Closing Time (1992, l’année de mon bac), I’m your Man (1988) et Hallelujah (1984). Mon écoute de Cohen se mêlait alors à celle de Barbara, The Doors, The Rolling stones, les Red Hot Chilli Pepers, Brassens, Led Zeppling, les Beatles et du reggae.

Si je remonte plus loin il me semble que les titres qui m’ont le plus accompagnée sont Suzanne (1967), So long Marianne (1967), Chelsea Hotel (1974) Dance me to the end of love (1984) et The partisan (1969). Toutefois comme tous souvenirs et bien plus encore lorsque ceux-ci sont éloignés et chargés émotionnellement ils restent fragiles.

Troisième temps fort avec Léonard Cohen. Ça en jette écrit ainsi… Il s’agit de l’année de mon mariage, 2013. L’année où j’ai redécouvert l’album New Skin for the Old Ceremony (1974) et tombais en relation monomaniaque avec le titre Lover, lover, lover (1974). Mon amour a trouvé le vinyle, ce même été, au mois d’août 2013 alors que j’étais chez mon am[i]e-soeur à Lille. Et puis il avait aussi cette petite mélodie dans ma tête Suzanne, régulièrement en pensant à la petite dernière de Laure.

Ça va être sacrément musical là-haut!

 

Est-ce grave?

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Est-ce grave de se délecter d’une pile de livres sachant que je vais devoir les lire vite, bien et surtout trouver la bonne approche pour ma classe de première?

Est-ce grave d’avoir un sourire qui ferait pâlir d’envie Gwynplaine (bon j’admets c’est un peu limite mais l’idée de l’ampleur du sourire est là) alors que je rentre chargée comme un bourricot (tendre hommage à Winnie the pooh et comparses – aurais-je avalé un clown?) en vélo?

Est-ce grave de ne jamais pouvoir aller quelque part sans un livre dans ma besace?

Pure rhétorique, la réponse est dans ce sentiment de bien-être qui m’accompagne depuis que j’ai récupéré les livres et le dernier Topo ! Rendez-vous demain.